Premio Nacional de Sociología y Ciencia Política 2003

Notice biographique de M. Salustiano del Campo
par par José Félix Tezanos Tortajada

Salustiano del Campo

Salustiano del Campo est né 1931 à La Línea de la Concepción, dans la province de Cadix. Il a passé une grande partie de sa carrière académique à Madrid. Il obtint sa licence en droit en 1954 et reçut une bourse du Population Council Inc. en 1955, qui lui permit de poursuivre ses études à l'Université de Chicago, jusqu'en 1957. À l'examen général, il reçut le prix Free Press ainsi que le prix spécial du doctorat en sociologie. À son retour en Espagne, dans le cadre de son doctorat en sciences politiques, il reçut en 1959 le prix extraordinaire pour sa thèse intitulée « La familia española en transición » (La famille espagnole en transition). En 1960, il occupa la chaire de sociologie de la faculté des Sciences politiques de Madrid.

Sa carrière académique se consolida en 1962 lorsqu'il fut nommé par voie de concours au poste de professeur de sociologie à la faculté des Sciences politiques, économiques et commerciales de l'Université de Barcelone. À l'Université de Barcelone, il œuvra en faveur de l'établissement et du développement de l'enseignement de la sociologie. Il fit école en la matière et son influence se fit sentir chez de nombreux étudiants en économie, qui commencèrent à s'intéresser aux questions sociales et à l'approche sociologique. En 1967, il fut nommé par voie de concours au poste de professeur de sociologie à Madrid, à la faculté des Sciences politiques, économiques et commerciales, où il contribua activement à l'essor de l'actuelle faculté des Sciences politiques et de Sociologie, dont il fut le doyen de 1977 à 1980, puis directeur du département en charge de la structure sociale, de 1971 à 1999.

Comme professeur, il se distingua par ses pratiques novatrices par rapport au mode d'enseignement traditionnel des universités espagnoles dans les années soixante et soixante-dix. Il organisait des séminaires avec les meilleurs étudiants de différents cours et les initiait à la recherche empirique et, en particulier, aux techniques de sondage qui connurent par la suite un grand engouement. La vocation sociologique de nombreux professeurs aujourd'hui en activité est née lors de ces séminaires. Ils furent invités ensuite à publier les premiers commentaires bibliographique ou les premiers articles dans les revues de sciences sociales.

En 1979, il fut nommé académicien permanent à la Real Academia de Ciencias Morales y Políticas. Lors de son investiture en 1980, il prononça un discours intitulé « El ciclo vital de la familia española » (Le cycle vital de la famille espagnole). Il est le troisième professeur de sociologie admis dans cette académie (après Manuel Sales y Ferré et Severino Aznar). En 1984, il fut nommé Trésorier de cette institution puis Secrétaire en 1985 (réélu à ce poste jusqu'à aujourd'hui). En 1994, il fut nommé deuxième vice-président de l'Instituto de España puis, en 1997, premier vice-président.

L'une des activités les plus importantes dans le parcours intellectuel et social de Salustiano del Campo est celle de promoteur et de directeur de différentes publications de nature sociale et économique. Secrétaire technique de la « Revista de Estudios Políticos » en 1957, directeur de la « Colección de Estudios de Sociología » de l'Instituto de Estudios Políticos en 1961. Membre du Comité de rédaction de la revue « Economía Política », de la « Revista de Estudios Sociales » et de la « Revista Internacional de Sociología ». Directeur de la « Revista Española de la Opinión Pública » et fondateur et directeur de la revue « Anales de Sociología » à Barcelone. Il fut ensuite directeur de la revue « El Europeo » (de 1983 à 1984) et président éditeur de « Imagen Semanal » (de 1986 à 1988).

Deuxième aspect de sa trajectoire intellectuelle qu’il convient de souligner : son activité de chercheur. Il a été le principal promoteur et fondateur d'une institution pionnière dans la réalisation d'études d'opinion publique en Espagne, telle que l'Instituto Español de la Opinión Pública (IOP) – aujourd'hui CIS –, dont il fut nommé conseiller délégué en 1963, puis directeur de 1967 à 1971.

Troisième aspect de son travail : l'édition d'ouvrages à caractère général de sociologie et de sciences sociales, notamment la direction du Diccionario de Ciencias Sociales de la UNESCO (Dictionnaire des sciences sociales de l'UNESCO), un ouvrage majeur publié en deux volumes, particulièrement reconnu dans le domaine de la sociologie dans tous les pays de langue espagnole, ainsi que le Tratado de Sociología (Traité de sociologie) – également en deux volumes –, plusieurs fois réédité depuis 1985.

En quatrième lieu, il faut distinguer sa collaboration avec les Nations unies, notamment concernant des aspects liés aux études de population. En 1960, il fut Asociate Social Affairs Officer au Bureau des affaires sociales du Secrétariat des Nations unies de New York. De 1969 à 1973, il représenta l'Espagne auprès de la Commission de la population des Nations unies. De 1974 à 1982, il fut membre du comité exécutif de la Commission nationale espagnole de coopération avec l'UNESCO. En 1976, il fut élu représentant de l'Espagne pour une deuxième période de quatre ans, à la Commission de la population des Nations unies.

La production scientifique de Salustiano del Campo est très fournie. Il a publié vingt-quatre livres en tant qu'auteur, dix-sept autres en tant qu'éditeur ou co-auteur, et près de deux cents monographies et travaux scientifiques. Ses ouvrages fondamentaux peuvent être classés en cinq grands domaines thématiques. D'abord, les études sur la famille, entamées par sa thèse doctorale publiée en 1960 sous le titre La familia española en transición (La famille espagnole en transition), ainsi que d'autres ouvrages postérieurs comme El desarrollo de la familia española en el siglo XX (Le développement de la famille espagnole au XXe siècle) (Alianza Editorial, 1982) ; Análisis sociológico de la familia española (Analyse sociologique de la famille espagnole) (Ariel, 1985) ; La “nueva” familia española (La « nouvelle » famille espagnole) (Eudema, 1991) ; Familias: Sociología y Política (Familles : sociologie et politique) (Universidad Complutense, 1995), etc. Deuxième thème : la population et la politique démographique, un sujet sur lequel il a publié plusieurs de ses livres les plus remarqués : Análisis de la población española (Analyse de la population espagnole), Ariel, 1972 ; La política demográfica de España (La politique démographique de l'Espagne), Edicusa, 1974 ; La explosión demográfica y la regulación de la natalidad (L'explosion démographique et la régulation de la natalité), Síntesis, 1997, etc. Troisième aspect : les indicateurs sociaux, avec des ouvrages comme Los indicadores sociales a debate (Les indicateurs sociaux en débat) (FOESSA, 1972). Quatrième thème : celui des changements sociaux et particulièrement, dans sa dernière étape, les tendances sociales, des sujets qu'il a traités dans son livre La sociedad (La société), de 1972, dans la trilogie La España de los años 70; La Sociedad de clases medias (L'Espagne des années 70 ; la société de classes moyennes) (Austral, 1989) et les Estudios sobre Tendencias sociales en España (1960-1990) (Études sur les tendances sociales en Espagne (1960-1990) (Fundación BBV, 1993). Enfin, cinquième domaine de référence, ses ouvrages académiques sur la sociologie, dont son premier manuel sur La Sociología científica moderna (La sociologie scientifique moderne), la première édition datant de 1962. Parmi ses ouvrages plus récents, mentionnons Historia de la Sociología Española (Histoire de la sociologie espagnole) (Ariel, 2001), Perfil de la Sociología Española (Profil de la sociologie espagnole) (Catarata-Universidad Complutense, 2001) et La institucionalización de la Sociología (L'institutionnalisation de la sociologie) (CIS 2001), qui ont pour origine ses initiatives auprès de la Commission pour le centenaire de l'enseignement de la sociologie, une Commission qu'il présida.

Devant une entreprise aussi vaste et des contenus aussi riches, il n'est pas exagéré de dire que la figure de Salustiano del Campo occupe une place à part dans l'une des étapes décisives du développement et de l'institutionnalisation de la sociologie en Espagne, une étape qui n'aurait pas été possible sans son travail de pionnier, sans son travail de recherche, sans les nombreuses thèses doctorales qu'il a dirigées (62), sans sa capacité, en somme, à encourager et à orienter de nombreux sociologues qui exercent actuellement leurs activités dans différents domaines de cette discipline.

Sur les plans humain et professionnel, tous ceux qui ont travaillé avec Salustiano del Campo ont pu compter sur ses encouragements et sur une grande capacité de soutien désintéressé et objectivé qu'il n'est pas toujours facile de rencontrer au sein de l'Université espagnole. Dans les départements universitaires qu'il a dirigés et les tâches sociologiques qu'il a mises en œuvre, il a su intégrer des personnes aux orientations et aux trajectoires variées. La force d'intégration dont il a fait preuve pendant la dernière période du franquisme fut un exemple de vocation universitaire et universaliste. Pendant ces années, il s'entoura de nombreuses personnes aux idéologies variées, mettant en évidence à quel point, au-delà de toute autre considération extra-académique, la capacité de travail, les efforts de recherche, le sérieux, la rigueur et la responsabilité au moment d'entamer un travail académique ou de recherche comptaient pour lui.

Pour ces raisons, à l'occasion du départ à la retraite de Salustiano del Campo, en tant que groupe d'amis, de collègues et d'élèves, nous avons souhaité lui exprimer notre reconnaissance dans un livre-hommage. Le livre a été élaboré par une commission formée de huit professeurs de sociologie de diverses universités : María Ángeles Durán, chercheuse au CSIC et actuellement Présidente de la FES (Fédération espagnole de sociologie), Rodolfo Gutiérrez, professeur de l'université d'Oviedo, Julio Iglesias de Ussel, professeur de l'université de Grenade, Antonio Izquierdo, professeur de l'université de La Corogne, Carlota Solé, professeur de l'université Autonome de Barcelone, Carmelo Lisón Tolosana et Manuel Navarro, professeurs de l'université Complutense de Madrid et José Félix Tezanos, professeur de l'UNED (université d'enseignement à distance).

Étant donné l'intérêt particulier porté par Salustiano del Campo à l'étude de la structure et de la dynamique sociale, c'est le sujet qui a été choisi comme référence centrale de ce livre-hommage, auquel tous les professeurs de sociologie des universités espagnoles ont été invités à participer, ainsi que plusieurs membres de la Real Academia de Ciencias Morales y Políticas et plusieurs professeurs réputés d'universités étrangères avec qui Salustiano del Campo a tissé un lien intellectuel particulier. Les membres de la Commission ont également intégré les noms de quelques maîtres de conférence, particulièrement reconnus dans le traitement des sujets abordés. Une telle liste de collaborateurs ne pouvait pas inclure toutes les personnes qui auraient souhaité participer et nombreuses sont celles qui s'étant manifestées auprès de la commission éditoriale ont bien compris que les limites logiques d'un tel livre avaient constitué l'unique critère de choix des collaborateurs.

Cette initiative a eu pour résultat un livre de 1 248 pages, qui a pu être publié grâce au soutien désintéressé du CIS, particulièrement de son Président, le professeur Ricardo Montoso, ainsi que de ses responsables éditoriaux, Jaime Peón et Mercedes Contreras, qui ont apporté beaucoup d'efforts et de soin à son édition. Le livre a été divisé en six parties, précédées d'un prologue biographique et suivies d'un entretien final, pour un total de soixante-dix collaborations. La première partie comprend plusieurs textes considérant diverses théories sur le changement, ainsi que des approches introductives. La deuxième partie analyse les grands changements et processus sociaux. La troisième, les changements politiques ; la quatrième, les changements et processus économiques ; la cinquième, les changements culturels et les approches anthropologiques, et la sixième, d'autres processus de changement, avec un accent spécial sur les innovations technologiques.

Le livre publié en hommage à Salustiano del Campo peut être considéré comme un ouvrage de consultation obligée pour tous ceux qui souhaitent se plonger dans l'étude de la structure et du changement social dans le contexte des sociétés complexes de notre temps. Par ailleurs, le livre en lui-même est un bon exemple du degré de maturité atteint par la sociologie en Espagne et de la consolidation d'un processus d'institutionnalisation auquel la personne à qui il est dédié a consacré justement autant d'énergie. En tant qu'ouvrage-hommage, il s'agit donc d'une excellente illustration et démonstration de la valeur et des résultats d'une œuvre louable.

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